samedi 4 novembre 2017

Point Reyes


Un parc littoral méconnu

2 étoiles, mérite le détour

 

Sites présentés dans cet article


Point Reyes National Seashore


 



Ambiance : Kokomo - The Beach Boys, 1988  
Le parc national côtier maritime de Point Reyes a été établi en 1962 pour protéger 268 km² de la péninsule de Point Reyes au nord-ouest de San Francisco. Il s'agit d'une véritable réserve naturelle. En 1976, 103 km² du parc ont été classés en wilderness, un statut de protection totale (Classe I IUCN), et depuis 1999 la loi sur la protection de la vie marine permet d'interdire à tout bateau à moteur d'approcher à moins de 300 mètres du rivage.




La dénomination "National Seashore" est sans doute à l'origine du manque de visibilité internationale de ce parc national. En effet, les États-Unis ont regroupé leurs aires naturelles protégées sous différentes dénominations et avec différentes réglementations depuis le 19e siècle. Les 58 Parcs Nationaux attirent la lumière, et pour nous autres visiteurs étrangers, nous pensons qu'il s'agit des seuls parcs naturels intéressants. C'est mal connaître la complexité _et les bizarreries_ du système d'aires protégées fédérales américaines.
Ceux-ci ont institué 10 littoraux maritimes protégés (National Seashore) et 4 littoraux lacustres protégés (National Lakeshore), couvrant une superficie combinée de 3,340 km² de terres fédérales. La plupart de ces aires protégées se trouvent dans l'est.
2 des National Seashores américaines se situent sur les rivages du Golfe du Mexique, 7 sur la côte Atlantique. Pour leur part, les National Lakeshores sont sur les rivages des Grands Lacs. Point Reyes est la seule National Seashore de la façade Pacifique, mais il ne faut pas oublier que trois autres parcs nationaux protègent différentes sections du littoral Pacifique des États-Unis. La proximité de San Francisco _1 heure de route, 58 km de l'entrée du parc à Olema_ lui vaut cependant une fréquentation soutenue de 2,5 millions de visiteurs par an, un chiffre en hausse depuis 10 ans.  Contrairement à la plupart des parcs nationaux, l'entrée à la journée est gratuite à Point Reyes.
Comme dans les parcs nationaux, il est interdit de pratiquer des sports de plein air mécanisés dans les limites du parc, d'y porter des armes à feu ni de chasser, le camping est réglementé et la politique "leave no trace" oblige le visiteur à remporter ses déchets. Une abondante faune sauvage, tant marine que terrestre, est protégée de même que la flore. Toutefois, le statut de protection de la nature est moindre que dans les parcs nationaux, et l'IUCN répertorie Point Reyes National Seashore dans la catégorie 5 des "paysage protégé". La région a un passé de colonisation, et la vallée d'Olema est encore habitée aux limites du parc. 

Pierce Point Ranch, ferme abandonnée à l'intérieur du parc.

Des éleveurs se sont installés dans la péninsule au 19e siècle pour exploiter ses prairies côtières naturelles. Cette activité a décliné à partir de la Grande Dépression des années 1930. Le Pierce Point Ranch a cessé ses activités sur la péninsule de Tomales en 1973, ce qui a permis de classer cette péninsule en wilderness, et à un troupeau de wapiti de coloniser les anciens pâturages. Par contre, six fermes laitières opèrent encore à la limite orientale du parc.


Comprendre Point Reyes

 



La péninsule de Point Reyes est une leçon de géologie à ciel ouvert.
Le parc est borné à l'est par la célèbre faille de San Andreas



C'est là, dans la vallée d'Olema, que l'on peut observer de visu l'amplitude du décrochement tectonique provoqué par le grand séisme de San Francisco de 1906. 

Le centre d'accueil de Bear Valley est le meilleur endroit pour commencer la visite. Le visiteur y trouvera toutes les informations requises sur l'état des sentiers, des conseils et des suggestions de visite adaptées à la météo. Les sentiers du littoral sont surveillés en permanence en raison de l'érosion des falaises qui créent des dangers de glissement de terrain et d'effondrement. Les sentiers concernés sont alors fermés au public.
A proximité du centre d'accueil, le Earthquake trail offre une courte boucle accessible de 1 km, des panneaux d'interprétation permettent de comprendre la géologie, l'histoire et l'environnement de la vallée. Une clôture en bois érigée au début du 20e siècle a été coupée en deux par le séisme de 1909, les deux segments sont séparés de près de 5 mètres aujourd'hui.
En effet, la faille de San Andreas est une faille transformante

 source Wikipedia

Dans un rift océanique, une faille transformante coulisse latéralement. La plupart des failles transformantes se situent au fond des océans, mais l'Océan Pacifique est extrêmement ancien, tandis que l'Atlantique n'a commencé à s'ouvrir que depuis 180 millions d'années. En conséquence, l'Amérique du Nord est insensiblement repoussée vers l'ouest, et la plaque Farallon, section nord-est de l'Océan Pacifique est entrée en subduction sous l'Amérique depuis 150 millions d'années.



source Wikipedia

Depuis 30 millions d'années, le rift médio-océanique du Pacifique est parvenu au contact de la plaque continentale Nord-Américaine à la hauteur de la Californie. Les vestiges de la plaque Farallon se sont scindés en deux, la plaque des Cocos au sud, et la plaque Juan de Fuca au nord qui disparaissent peu à peu sous l'Amérique du Nord. Aujourd'hui, la plaque Pacifique est en contact direct avec la plaque Amérique du Nord de l'entrée du Golfe de Californie au sud (au Mexique) jusqu'au Cap Mendocino au nord en Californie. La faille de San Andreas court sur 1800 kilomètres, en partie maritime, en partie terrestre. En effet, durant les 30 derniers millions d'années, la subduction a compressé, plissé et soulevé des masses de sédiments qui ont été portés au-dessus du niveau marin le long de cette zone de frottement et formé les chaînes côtières de la Californie sur les territoires des États-Unis et du Mexique. Une partie de ces jeunes cordillères sont sur la plaque géologique Amérique, principalement au nord de San Francisco, mais les autres sont sur la plaque Pacifique au sud de cette même ville. La faille de San Andreas scie la péninsule de San Francisco en deux sections qui ne sont pas solidaires. L'une, littorale, glisse insensiblement vers le nord-ouest, poussée par l'ouverture du Rift Pacifique qui élargit le fond océanique, tandis que l'autre, vers l'intérieur, glisse plus doucement vers le sud. La péninsule de Point Reyes est le seul fragment de terres émergées de la Plaque Pacifique au nord de San Francisco, dont elle tend à s'éloigner de quelques millimètres par an. Mais il ne s'agit en aucun cas d'un glissement continu au mécanisme bien huilé. En fait, la pression s'accumule pendant des décennies ou des années, jusqu'à ce qu'une rupture plus ou moins brutale ne se produise et que les deux blocs se détachent d'un seul coup. Le grand séisme de San Francisco, d'une magnitude estimée entre 7,7 et 8,3 sur l'échelle de Richter a provoqué un décrochement de près de 5 mètres. Les géologues estiment que la faille provoque tous les 22 ans en moyenne un séisme de magnitude 6 (100 fois moins puissant que celui de 1906) sur l'échelle de Richter. Le grand séisme de 1906 a provoqué un décrochement le long de 430 kilomètres sur le segment nord de la faille entre le Cap Mendocino et le comté de San Jose. Un précédent séisme presque deux fois moins puissant toutefois s'était produit en 1857 sur 320 km du tronçon central de la faille (Fort Tejon Earthquake). Depuis 1906, la même région a connu trois séisme majeurs. le séisme de 1957 (magnitude 5,7 sur l'échelle de Richter) n'a commis que des dégâts mineurs dans la région de San Francisco. Par contre, un décrochement sur 25 km de long de la faille dans le comté de Santa Cruz au sud de San Francisco a provoqué séisme de Loma Prieta (magnitude 6,9 sur l'échelle de Richter, 20 fois moins puissant que le séisme de 1906) a causé le décès de 63 personnes et d'importants dégâts matériels dans la région de la Baie de San Francisco. En 2004, la secousse provoquée par le séisme de Parkfield qui a touché la Californie centrale (magnitude 6 sur l'échelle de Richter) a été ressentie jusque dans la région de la baie de San Francisco. Considérant le stress accumulé depuis les séismes précédents, les géologues estiment aujourd'hui qu'il y a une probabilité importante (de l'ordre de 30%) pour qu'un séisme majeur d'une intensité pouvant dépasser la magnitude 6,7 sur l'échelle de Richter se produise dans la région de la Baie dans les 30 prochaines années.




Le parc littoral de Point Reyes n'est pas protégé principalement à cause de sa géologie, mais pour ses écosystèmes. Une fois la ride de collines boisées d'Inverness qui ferme la vallée du rift franchie, la route du parc entre traverse la prairie littorale jusqu'aux falaises et aux longues plages qui ont échappé à toute forme d'urbanisation.
Cette aire protégée offre le gîte à une faune très variée, principalement des oiseaux marins.


Visiter Point Reyes


La visite demande un peu de temps. Il faut un minimum de 5 heures pour parcourir les routes du parc, s'arrêter aux principaux points de vue, se renseigner auprès des rangers dans les centres d'interprétation, parcourir un ou deux sentiers d'interprétation et faire quelques pas sur une plage. Une journée entière est une durée recommandée pour faire de courtes randonnées. Outre le centre d'accueil de Bear Valley par lequel on entre dans le parc, il faut visiter au moins trois autres sites du parc.


La côte Pacifique de la péninsule de Tomales.

Pierce Point et la péninsule de Tomales au nord, c'est le site le plus recommandé pour l'observation de la faune sauvage. le sentier de Tomales Point  représente tout de même une randonnée de 15 km aller-retour, à faire quand on a le temps.




La pointe et le phare de Point Reyes, construit en 1870, sont au bout de la route et de la péninsule. Il faut faire attention au vent dans la descente de l'escalier de 300 marches qui descend du parking jusqu'au phare. 




Il faut se rendre au centre d'accueil Ken Patrick dans la Baie de Drake pour accéder le plus facilement à la plage. Le centre d'accueil abrite un petit musée consacré à l'histoire maritime de la région et un restaurant, le Drake Beach Café. Le célèbre corsaire Anglais Francis Drake est connu pour avoir harcelé les colonies espagnoles sur les rives de l'Océan Pacifique en Amérique Latine. En 1579, l'explorateur a été le premier à reconnaître le cap de Point Reyes. Il hiverne dans la baie qui porte désormais son nom et en profite pour entreprendre quelques réparations à bord de ses navires. Il reprend la mer vers le sud-ouest pour compléter son tour du monde en 1580 non sans avoir revendiqué au préalable la possession de ces terres apparemment "vierges" au nom de la Couronne pour la reine Élisabeth. Finalement, cette revendication restera lettre morte, aucune expédition britannique ne reviendra dans cette partie du monde avant 2 siècles, et les Espagnols reconnaîtront le littoral à partir de 1595. Le cap de Point Reyes figure sous ce nom sur les cartes nautiques espagnoles après l'exploration de Sebastian Vizcaino en 1603. Les Espagnols étendront finalement la colonie de la Nouvelle Espagne sur la Californie après 1775, même si aucun colon ni aucune fortification ne sera jamais établie au nord de San Francisco pour concrétiser cette revendication.



La visite de Point Reyes National Seashore étant assez longue, il faut la placer dans une étape suffisamment courte dans un roadtrip en Californie du Nord ou bien comme une journée d'excursion au départ de San Francisco. La carte précédente illustre une excursion dans une étape entre Sausalito et Bodega Bay où la visite de Point Reyes National Seashore l'après-midi fait suite à celle de Muir Woods National Monument le matin. 

Poursuivre le voyage aux environs

 

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