lundi 1 mai 2017

Wild Wild West

Comprendre les Hautes Plaines

 


Road in South Dakota
source Wikipedia


 




Ambiance : Born to Run - Bruce Springsteen, 1975

Une partie des grandes plaines centrales fait partie de l'Ouest Américain sur le territoire des états du Montana, du Wyoming, des deux Dakotas et de la "panhandle" du Nebraska, la région des collines de sable et de la haute vallée de la rivière Platte à l'ouest du 100°W méridien occidental, dans le fuseau horaire des Montagnes Rocheuses. 

A l'ouest du Missouri, qui en assure le drainage, le territoire des hautes plaines forme un immense plan doucement incliné vers le nord-est. L'altitude des plaines varie de 450 mètres à Pierre, capitale du Dakota du Sud sur les rives du fleuve à 1850 mètres à Cheyenne, capitale du Wyoming, mais l'impression de platitude domine tant les distances sont grandes. Les plaines ondulent sous le grand ciel où les troupeaux de nuages s'étirent à l'infini. Dans ce pays, on voit les tempêtes progresser sur des kilomètres avant qu'elles n'arrivent sur nous.


Le bassin versant du Missouri et les Hautes Plaines

Les hautes plaines attirent de nombreux visiteurs, principalement américains. La haute saison des voyages s'étire de Memorial Day (25 mai) à Labor Day (1er Septembre).  Le climat est continental, c'est à dire brutal, et les étés sont aussi chauds que les hivers sont glaciaux.  Les mois de Mai et de Septembre forment des saisons intermédiaires agréables pour visiter la région quand vous pouvez vous permettre le luxe de voyager à cette période de l'année. Le temps est plus changeant à la fin du printemps qu'en été. Le climat est plus frais, surtout en altitude, et la probabilité de pluie est plus fréquente, avec occasionnellement des grains très violents. Le paysage est plus verdoyant et la neige persiste en montagne.
En été les températures varient considérablement entre agréable et étouffant. Des températures sous abri de +40°C sont monnaie courante en Juillet et en Août dans les plaines. Il faut monter au-dessus de 2000 mètres d'altitude pour trouver un peu de répit à la chaleur. Toutefois, cette chaleur peut être brisée par des perturbations violentes qui s'accompagnent parfois de tornades, l'un des phénomènes météorologiques les plus dangereux avec les ouragans, mais heureusement très localisé. Les tornades sont plus fréquentes dans le Nebraska et les Dakotas que dans le Montana et le Wyoming, où elles ne sont toutefois pas absentes. La saison des tornades recoupe la saison touristique, donc il faut surveiller les alertes météo quand on voyage dans la région.



Orage avec tornades, Dakota du Sud, 25 Mai 2016
source Wikipedia

Face à la violence des tornades, les pionniers ont appris très tôt des indiens Mandan de la vallée du Missouri _que l'expédition de Lewis & Clark rencontre dès 1804_ à construire des cabanes et des abris semi-enterrés pour disposer d'un refuge en cas de tempête.


Earthlodge Mandan, Knife River National Historic Site, Dakota du Nord
source Wikipedia

Cabane de pionnier, Museum of the Fur Trade, Chadron, Nebraska

En dépit des orages d'été, le climat est plutôt aride à l'ouest du 100°W méridien. La prairie est la végétation naturelle de ces plaines, et les forêts de conifères se cantonnent sur les rares massifs montagneux qui émergent de l'océan d'herbe avec d'autant plus de contraste. Les Black Hills du Dakota ne sont dites "noires" que parce qu'elles sont boisées. Les montagnes sont plus arrosées que les plaines, et elles stockent la neige en hiver, ce qui en fait des châteaux d'eau dans la région d'où les cours d'eaux divergent. Tout le réseau hydrographique s'écoule des Montagnes Rocheuses à l'ouest vers le Mississippi à l'est. L'érosion balafre la prairie dans certains secteurs arides où les roches sédimentaires friables ont été exposées à nu. Ce sont les "mauvaises terres", les badlands qui sont monnaie courante dans tous ces états. Certaines de ces formations sont tellement colorées qu'elles ont été classées et sont protégées dans des parcs d'état voire même des parcs nationaux.
Plus l'on progresse vers l'ouest, plus l'aridité se fait âpre et les reliefs contrastés. Dans le nord-est du Wyoming, les Bighorn Mountains s'élèvent déjà au-dessus de 4000 mètres d'altitude. D'autres massifs isolés forment un ensemble discontinu de contreforts des Rocheuses au nord du Front Range du Colorado qui se termine avec le Snowy Range au sud du Wyoming. Plus à l'ouest, les puissants monts Absarokas enserrent le Yellowstone comme un rempart. Les bassins qui séparent ces massifs sont situés à des altitudes diverses. La réserve Crow où se déroula la bataille de Little Bighorn se situe à moins de 1000 mètres d'altitude. Le Bighorn Basin qui sépare les Bighorn et les Absaroka Mountains se situe entre 1100 et 1500 mètres. Plus au sud, le Great Divide Basin, une région dont aucun cours d'eau ne s'écoule sur la ligne de partage des eaux continentales est soulevé à plus de 2000 mètres d'altitude. A plus de 2180 mètres d'altitude, la ville de Laramie, Wyoming abrite l'un des campus universitaires les plus hauts des États-Unis. Dans ces bassins, la prairie cède la place à la steppe à armoise, et les badlands deviennent des déserts dont les couleurs annoncent déjà celles de l'Utah.


Source Wikipedia


Avant l'arrivée des fermiers Yankees, cet océan d'herbe était le royaume du bison d'Amérique. Des dizaines de millions de bêtes à cornes pâturaient dans les Hautes Plaines au milieu du 19e siècle. Pour les indiens des plaines, le bison _Tatanka dans la langue des Sioux Lakota_ était un animal sacré. Ils lui devaient l'essentiel de leur subsistance et des matières premières qu'ils employaient. Le gouvernement américain organisa des chasses d'extermination des troupeaux de bison pendant les guerres indiennes des années 1870, de sorte qu'il ne survivait plus que quelques centaines de sujets en 1890, principalement dans les limites du parc national de Yellowstone. Le bison a survécu dans les aires protégées et grâce à des élevages, de sorte qu'il y a de nouveau environ un demi-million de bisons dans les Hautes Plaines aujourd'hui, principalement concentrés dans les parcs et aires protégées.

 Troupeau dans le Bighorn Basin, près de Shell, Wyoming
source The Hideout Lodge & Guest Ranch

Partout ailleurs, les vaches ont remplacé les bisons. En effet l'aridité prédominante à l'ouest du 100° méridien a découragé les premières tentatives de mise en culture et favorisé au contraire l'expansion des ranches d'élevage sur le modèle des Ganaderias espagnoles du Nouveau Mexique. C'est ainsi que les Hautes Plaines sont devenues le pays des cowboys. La culture des cowboys, dont les fameux rodéos font partie, est devenue l'un des attraits touristiques majeurs de la région, et nombreux sont les voyageurs américains qui choisissent de se ressourcer une semaine dans un Dude Ranch du Wyoming ou du Montana.


Un client s'entraîne au lasso, Eaton Ranch, WY
Source Wikipedia

Quant à la faune sauvage, les prédateurs naturels, le loup gris et l'ours grizzly ont été éliminés par les éleveurs en-dehors des limites du Yellowstone et de quelques montagnes laissées au wilderness

Source Pexel Photos

On voit encore beaucoup de grands herbivores, en particulier les antilocapres d'Amérique (Pronghorn) dans les plaines, et le mouflon d'Amérique (Bighorn sheep) _nom qui a été donné à des régions entières_ prolifère dans les massifs montagneux.


Source Wikipedia


Les chiens de prairie sont une autre espèce très répandue dans la prairie. Ce ne sont pas des canidés, mais des rongeurs apparentés aux mulots ou aux marmottes.




Chien de Prairie
Badlands National Park
source Wikipedia




Avec leur environnement désertique, on comprend que le Centre et l'Est du Wyoming aient toujours été les régions les moins peuplées et les moins convoitées des 48 états limitrophes. L'histoire s'est déroulée plus au nord dans le Montana et plus à l'est dans les Dakotas et le Nebraska. Pourtant, dans l'ensemble, toutes les hautes plaines semblent vides d'hommes. Il n'y a aucune grande métropole : Billings, plus grande ville du Montana ne forme qu'une "aire métropolitaine" de 167 000 habitants. La population métropolitaine de Cheyenne, capitale du Wyoming, n'excède pas 92 000 habitants, tandis que Rapid City, principale ville à l'ouest du Dakota du Sud dépasse de peu le cap des 75 000 habitants.
Ceci explique que la région ne soit desservie par aucun aéroport international. Denver, capitale du Colorado, est la plateforme internationale la plus proche à une journée de route en direction du sud.


Une histoire tragique


Les hautes plaines ont été âprement disputées entre colons Yankees et Indiens. Ces plaines aux ciel immense sont bien silencieuses aujourd'hui, mais le calme de la prairie recouvre les traces d'un véritable génocide.
C'est pourquoi leur visite doit s'inscrire dans les pas de l'histoire tragique de ce pays, et il convient d'honorer la mémoire des vaillants guerriers qui ont tenter de préserver la liberté et le genre de vie nomade des Premières Nations contre des envahisseurs sans scrupules et la duplicité des autorités américaines qui ont violé sans vergogne tous leurs serments et foulé aux pieds les traités qu'elles ont signé les uns après les autres.  Les guerres indiennes qui ont été livrées dans les Hautes Plaines devraient être inscrites sur le livre noir des crimes contre l'humanité commis par les autorités coloniales à travers le monde. Plus que partout ailleurs aux États-Unis, on ressent ici la véritable nature de cette nation, un empire colonial qui a réussi à exterminer et évincer les Premières Nations indigènes au point même d'imposer ses symboles impériaux aux descendants de ses victimes qui arborent fièrement aujourd'hui leurs décorations de vétérans de l'armée américaine gagnées dans les guerres impérialistes menées par l'Amérique en Europe et dans le Pacifique au 20e siècle et maintenant au Moyen Orient au 21e siècle.


La conquête des Hautes Plaines et la Grande Guerre des Sioux


Dans les Hautes Plaines, les guerres indiennes ont été plus féroces qu'ailleurs. La bataille de Little Bighorn (1876) a laissé un souvenir impérissable et la cruauté du massacre de Wounded Knee (1890) jette une ombre sur l'histoire des États-Unis. C'est la région des indiens des plaines, chasseurs de bisons qui pratiquaient un genre de vie nomade, dont les traditions dominent l'iconographie des Indiens d'Amérique, Sioux, Cheyennes, Crows et Arapahos, les grandes confédérations des plaines ont tenté d'arrêter le Cheval de Fer et les Tuniques Bleues qui se sont élancées à la conquête des grandes plaines à la sortie de la Guerre de Sécession (1861-1865).


Source Wikipedia

Bien que les frères La Verendrye, des voyageurs français, soient venus explorer les rives du Missouri dès 1743, comme en témoigne l'inscription sur plaque de plomb qu'ils ont laissé sur le site de Fort Pierre à proximité de la capitale actuelle du Dakota du Sud, la revendication coloniale française sur le bassin versant du Missouri est restée purement formelle, et les indiens des plaines ont plutôt bien accueillis les négociants métis franco-indiens qui sont venus par la suite dans leur contrées leur acheter des fourrures en échange d'articles de quincaillerie. Dans les premiers temps, le Louisiana Purchase de 1803 ne change rien, et les indiens des plaines font bon accueil à l'expédition de Lewis et Clark qui remonte le Missouri en bateau à la recherche de la route vers l'Océan Pacifique en 1804-1805.
Cependant, le genre de vie des tribus est alors en pleine révolution, à la suite de l'introduction du cheval dans les grandes plaines après la grande révolte des Pueblos du Nouveau-Mexique en 1680. La chasse au bison s'en trouve grandement facilitée, et la population indienne augmente d'autant plus vite que de nouvelles tribus chassées de la vallée du Mississippi par la colonisation américaine se replient vers les Grandes Plaines après la Guerre de Black Hawk en 1832.



Tipi Sioux Oglala dans la réserve de Pine Ridge en 1891
source Wikipedia

La confédération des tribus Sioux fait partie des grandes confédérations indiennes qui dominent les Hautes Plaines avec leurs alliés Cheyennes, sur un territoire qui s'étendait initialement d'est en ouest du sud-ouest du Minnesota au nord-est du Wyoming. L'histoire des relations entre les Sioux et les États-Unis est une succession de traités trahis unilatéralement par les autorités américaines sous la pression des pionniers et de guerres malheureuses où les indiens ont été sans cesse repoussés vers l'ouest et finalement parqués dans des réserves de plus en plus petites. Chassés du Minnesota, érigé en état en 1858 en dépit d'un traité signé en 1851 avec Washington qui leur reconnaissait des droits sur le sud-ouest de ce territoire, les Sioux occupent principalement le territoire du Dakota qui n'est pas encore colonisé par les américains. Après la Guerre des Dakotas de 1862 où ils sont battus, suivie de la Guerre de Red Cloud en 1866 dont les Sioux et leurs alliés Cheyenne sortent victorieux au terme de deux années de guérilla, le général Sherman regagne la confiance des tribus en signant en 1868 le Traité de Fort Laramie, dans le Wyoming, qui garantit des droits aux indiens sur de vastes réserves (240,000 km², incluant les Black Hills) dans le Dakota du Sud à l'ouest du Missouri. En échange, les tribus ne s'opposeront plus au passage du chemin de fer transcontinental dans le Nebraska et le Wyoming.



Malheureusement pour les Sioux, la rumeur de la découverte d'or dans les Black Hills, en plein cœur du territoire non concédé de la réserve, attire prospecteurs, braconniers et  trafiquants, multipliant les conflits entre les indiens et les envahisseurs. La cavalerie prend le parti des colons en 1872, ce qui revient encore une fois à violer unilatéralement le traité de Fort Laramie. En 1874, l'expédition Custer est envoyée dans les Black Hills officiellement pour apaiser les tensions entre les prospecteurs et les tribus. 

Schiste aurifère
Homestake Gold Mine
Lead, SD
source Wikipedia

Mais l'expédition Custer comprend aussi un géologue, qui confirme la présence du métal jaune tant convoité dans les collines, provoquant une véritable ruée vers l'or. Le président Grant ne peut plus résister à la pression politique en faveur des colons et cesse de prétendre déloger les mineurs. Sur proposition du Congrès, le gouvernement fédéral fait une offre insultante aux tribus en leur proposant de leur racheter l'ensemble de leur réserve pour $25,000 dollars et en leur proposant de migrer vers le "territoire indien" de l'Oklahoma. Les tribus Cheyenne et Sioux reprennent le sentier de la guerre en Novembre 1875. Du côté américain, la conduite de la guerre est confiée au général Crook. La cavalerie multiplie les raids en attaquant les campements indiens. L'un de ces raids est conduit par le très populaire _mais controversé_ lieutenant-colonel Georges A. Custer. Celui-ci doit occuper le bassin de la rivière Big Horn sur le territoire des Crows, ennemis traditionnels des Cheyenne qui restaient alliés des États-Unis. Custer se heurte aux chefs Crazy Horse et Sitting Bull qui conduisent entre 1500 et 2000 guerriers Sioux et Cheyenne. Custer est écrasé et tué avec 270 autres soldats américains à la bataille de Little Bighorn le 25 Juin 1876.
L'indignation atteint son comble à Washington où le Congrès vote le "Sell or Starve Act of 1877", sans doute l'un des textes de loi les plus iniques de l'histoire américaine, plaçant les tribus devant le choix léonin de céder leurs terre ou d'être acculées à la famine. La politique d'extermination des bisons est systématisée pour accélérer leur reddition.

Après Little Bighorn, le Général Crook s'engage dans une campagne d'extermination par la destruction systématique des campements des tribus. Crazy Horse tente d'intercepter l'un de ces raids de terreur, mais les tribus sont battues et contraintes à la retraite à la bataille de Slim Butte les 09 et 10 septembre 1876. Cette victoire est acclamée par les colons et renforce la violence de la répression sur les tribus qui sont acculées à la capitulation les unes après les autres. les Cheyennes sont déportés de force en Oklahoma. Battu de nouveau à la bataille de Wolf Mountain en Janvier 1877, Crazy Horse et les autres chefs rebelles sont contraints à la reddition en Avril et Mai 1877. Prisonnier, le grand chef Crazy Horse est assassiné dans des circonstances non élucidées à Fort Robinson dans le Nebraska le 4 Septembre 1877. 
 
Un autre leader du soulèvement de 1875, le chef Sitting Bull conduit une fraction de Sioux qui refusent de capituler sur les Territoires du Nord-Ouest du Canada, où ils campent dans les Cypress Hills de 1877 à 1881. 


Les Cypress Hills sont protégées dans le cadre d'un parc interprovincial à la frontière de l'Alberta et de la Saskatchewan
source Wikipedia

Le chef Sioux fume le calumet de la paix avec le grand chef des Blackfeet, ce qui alarme à la fois les autorités Américaines et Canadiennes qui redoutent une nouvelle rébellion des indiens, d'autant que le Canada vient de décider d'ouvrir les Territoires du Nord-Ouest à la colonisation afin de construire leur propre chemin de fer transcontinental, ce qui ne manque pas de soulever des résistances des indigènes, notamment les Métis de la Rivière Rouge conduits par Louis Riel. La Police montée canadienne organise un blocus économique pour déloger les Sioux, qui, poussés par la famine, reprennent le chemin du sud en 1881 et se rendent à l'armée américaine.

La résistance des tribus a été vaine, et leur unique victoire a été chèrement payée en retour. Décimés par l'alcoolisme et les fièvres importées par les blancs, réduits à la famine par l'extermination des bisons, les tribus ont été réduites à la capitulation et les survivants parqués dans des réserves arides où leurs descendants mènent encore une vie misérable. 

Source Wikipedia


Dans les décennies qui suivent, en vertu de la Loi Dawes de 1887, les enfants des indiens sont envoyés contre leur gré dans des internats dans l'Est où ils sont mélangés pour ne plus pouvoir parler leur langue maternelle. La politique du Native American Boarding School consiste à assimiler rapidement les rares survivants des tribus en effaçant leur langue et leur culture et en leur imposant une christianisation forcée. Cette politique d'assimilation brutale est dénoncée par le rapport Meriam en 1928, mais il faut attendre l'Indian Reorganization Act de 1934 pour que ses recommandations, notamment en matière d'hygiène et de conditions d'accueil, soient suivies d'effet. Toutefois, les internats supervisés par le BIA (Bureau of Indian Affairs) continuent à prospérer jusqu'au début des années 1970, où l'on dénombre encore 60,000 élèves dans les établissements en question en 1973.
L'Indian Self-Determination and Indian Education Assistance Act of 1975 met un terme légal à cette politique par les autorités fédérales et le déclin de ces institutions sera graduel à partir de cette date. Le nombre de pensionnaires tombe en-dessous de 10,000 en 2007 et la plupart des internats ont fermé leurs portes au début du 21e siècle. Le déclin de la pratique des langues indigènes et la perte de mémoire collective qui a résulté de cette politique d'assimilation forcée ont été généralisés, et les tribus peinent aujourd'hui à scolariser leurs enfants dans leur langue maternelle et à renouer le fil de leur tradition perdue.

La lutte symbolique pour les Black Hills se poursuit à travers les siècles.


Crazy Horse Mountain
Source Wikipedia
Le projet grandiose et inachevé des tribus de sculpter un monument à Crazy Horse dans les environs de Custer au cœur des Black Hills est une réponse à la profanation de leur terre sacrée par les envahisseurs Yankees qui ont sculpté le Mont Rushmore à l'effigie de leurs présidents.

Les sculptures monumentales du Mont Rushmore ont été réalisées entre 1925 et 1941. Fautes de fonds, elles sont restées inachevées après la mort de leur créateur, le sculpteur Gutzon Borglum. 
source Wikipedia
 

La réhabilitation des amérindiens est encore très partielle et leur statut est encore aujourd'hui celui de citoyens de seconde zone.
En 1973, un indien est lynché par un blanc dans la réserve de Pine Ridge, suscitant une rébellion. Environ 200 militants armés occupent le site hautement symbolique de Wounded Knee où s'était déroulé le honteux massacre des participants de la Ghost Dance le 29 Décembre 1890. Des centaines de militaires et d'agents du FBI sont mobilisés pour les déloger. 



Le massacre de Wounded Knee (29 décembre 1890)
source Wikipedia


Les Amérindiens s'inspirent du combat des Afro-Américains dans leur lutte pour les Droits Civiques à partir des années 1960. L'American Indian Movement (AIM), fondé en 1968, organise en 1978 une longue marche de San Francisco à Washington pour porter les revendications des tribus victimes de l'impérialisme yankee depuis deux siècles. Les célébrités d'Hollywood soutiennent l'AIM dans son mouvement de revendication. Longtemps traités comme des étrangers, les Amérindiens ne sont reconnus comme citoyens des États-Unis que depuis 1934, mais ne jouissent de la plénitude de leurs droits civiques qu'à la condition de résider en-dehors des réserves, jusqu'en 1968 où ils obtiennent enfin une égalité civile complète. Les Sioux Lakota de la réserve de Pine Ridge ont proclamé symboliquement leur indépendance en 2007. Cette indépendance n'est reconnue par personne...


Drapeau de la réserve indienne Pine Ridge, Dakota du Sud


Aujourd'hui encore, les associations indiennes revendiquent la restitution de terres sacrées dans les Black Hills du Dakota. D'autres réserves se mobilisent contre la tentative des pétroliers de prospecter et de forer sur le terrain de leurs réserves pour en exploiter les pétroles et les gaz de schiste.

Le dernier contentieux en date est la protestation contre le tracé de l'oléoduc Dakota Access Pipeline qui empiète sur la réserve Sioux de Standing Rock par un passage en-dessous du cours de la rivière Missouri au mépris des droits des tribus. celles-ci ont protesté contre le risque de pollution des eaux du fleuve. Des campements ont été installés sur le site en 2016, attirant une foule bigarrée de protestataires. Le 23 Août 2016, une pétition signée par 87 gouvernements tribaux a été présentée à Washington et le Président Obama a suspendu les travaux. A peine parvenu au pouvoir, Trump s'est empressé de signer le 24 Janvier 2017 le décret autorisant le corps des ingénieurs militaires à procéder à la construction du tronçon controversé du pipeline, méprisant les protestataires et il a interrompu les études d'impact environnemental en cours par un ordre exécutif du 7 Février 2017. L'armée a été envoyée pour disperser les manifestants qui campaient toujours sur le terrain, et 10 meneurs ont été arrêtés le 22 Février 2017. Le lendemain, les opposants au projet étant revenus, 33 personnes supplémentaires ont été arrêtées et les campements de manifestants ont été détruits.
Visiter les hautes plaines, c'est se confronter au souvenir de cette longue lutte pour la dignité des Premières Nations et découvrir à quel point les États-Unis d'Amérique sont un état impérialiste et illégitime fondé sur l'agression et la prédation. La nation Sioux de Standing Rock a déposé un recours judiciaire le 27 Juillet. La plainte a été rejetée sans suite par la justice fédérale le 09 Septembre, au prétexte que les craintes de pollution étaient "infondées". L'argumentaire de la compagnie pétrolière a été entièrement repris par les juges. L'affaire a été portée en appel, et la cour écoute les parties depuis le 05 octobre 2017. Cependant, le juge fédéral décide le 10 octobre 2017 d'autoriser la compagnie DAPL (Dakota Access Pipe Line) à poursuivre les travaux pendant les audiences...
La lutte n'est jamais finie...


Visiter les hautes plaines


Les hautes plaines valent le voyage non seulement pour leur histoire emblématique, mais aussi pour leur densité de sites remarquables, dont plusieurs parcs et monuments nationaux.



De surcroît, la région est relativement proche de Yellowstone, et la tentation est grande de concevoir un circuit qui associe la découverte des hautes plaines à celle du plus célèbre des parcs nationaux américains. Mais la région est vaste, et visiter les hautes plaines demande d'organiser un véritable Roadtrip.
Celui qui est proposé ici forme un circuit d'une durée de deux ou trois semaines au départ de Denver, Colorado.



Un circuit de près de 4000 kilomètres, concentré sur les seules hautes plaines peut se faire en deux semaines.


Avec des jours en plus, il est possible d'ajouter de nombreuses autres excursions et activités dans les Black Hills (ex. Jewel Cave National Monument) ou dans le Wyoming. On peut envisager de consacrer quelques jours pour séjourner dans un Guest Ranch, de nombreuses options sont possibles dans le Wyoming telles que le célèbre Eaton Guest Ranch à Big Horn, près de Sheridan. Il est possible aussi de faire une étape de 2 nuits à Thermopolis et d'organiser des excursions en matinée aux environs, et prendre plus de temps pour la détente en piscine l'après-midi. Il est encore possible d'ajouter du temps dans le Colorado aux environs de Denver, comme par exemple à Rocky Mountain National Park, ou dans le sud du Wyoming dans la région de Cheyenne et de Laramie.
Un voyageur soucieux de découvrir tous les parcs nationaux américains aura à cœur de faire un détour dans le Dakota du Nord pour découvrir le parc national Theodore Roosevelt. Il faut ajouter un ou deux jours en plus entre la découverte des Black Hills du Dakota du Sud et celle de Little Bighorn Battlefield dans le Montana.




Black Hills du Dakota du Sud pendant le Motorcycle Rally de Sturgis
source Wikipedia

Les amateurs de Harley - Davidson et de gangs de bikers voudront absolument séjourner dans les Northern Black Hills du Dakota du Sud durant la deuxième semaine du mois d'Août lorsque le grand rassemblement annuel du Sturgis Motorcycle Rally attire jusqu'à un demi-million de motards venus de toute l'Amérique. Les autres voyageurs, allergiques aux foules, aux tarifs exorbitants des hôtels et aux encombrements à des centaines de kilomètres à la ronde éviteront au contraire les trois premières semaines du mois d'Août et préfèreront visiter le Dakota du Sud de préférence en Juillet.



Cheyenne Frontier Days
source Wikipedia

Fin Juillet, la ville de Cheyenne, tranquille capitale du Wyoming le reste de l'année, se métamorphose durant les célébrations des Frontier Days qui durent plus d'une semaine incluant les deux derniers weekends du mois. Dans ce cas aussi, les inconditionnels des cowboys et du rodéo feront le nécessaire pour assister à ces célébrations hors normes de la culture rurale traditionnelle du Far West, tandis que les autres éviteront soigneusement Cheyenne à cette période de l'année et préfèreront faire étape à Laramie.

source : J.M. Zaninetti, 2010

Un visiteur européen qui n'aurait pas déjà visité Yellowstone trouvera réellement dommage de passer si près du premier parc national de l'histoire sans le visiter. Sans le moindre doute, je peux affirmer que Yellowstone constituera l'apogée de votre voyage dans le Wild Wild West. Toutefois, et considérant la richesse de la région des hautes plaines, je ne conseille pas d'abréger beaucoup la découverte de cette région pour ajouter quelques jours à Yellowstone, mais d'allonger plutôt la durée du voyage à 3 semaines ou plus pour avoir le temps de profiter de ce parc national exceptionnel.




Si vous pouvez ajouter une journée supplémentaire, je recommande une journée d'excursion de découverte du Little Bighorn Battlefield. Pour cela, vous pouvez séjourner 2 nuits à Sheridan.

Les lecteurs qui recherchent une présentation détaillée de suggestions de roadtrip dans les Hautes Plaines trouveront plusieurs circuits proposés dans l'article consacré aux itinéraires au Pays du Grand Ciel dans le Nord-Ouest intérieur des États-Unis.





Sites et destinations remarquables des Hautes Plaines décrits dans le blog

Les parcs et monuments incontournables des hautes plaines

 

Les hautes plaines abritent une grande diversité de sites intéressants et il peut être difficile de choisir pour tracer un circuit dans cette vaste région, mais visiter les grands parcs et monuments nationaux est toujours une bonne idée.

 

1. Badlands National Park

 

Source Wikipedia

 

Avec ses couleurs sublimes en début et en fin de journée, le parc national phare du Dakota du Sud mérite vraiment le détour.

 

2. Mt Rushmore National Memorial

 

Source Wikipedia

 

C'est sans doute le site le plus célèbre de la région. Sa visite reste incontournable en dépit d'une mise en scène patriotique un peu lourde. 

 

3. Custer State Park

 

Massif des Black Hills vu du sommet du Harney Peak
source Wikipedia

Peu de parcs d'état se hissent au niveau d'un parc national aux États-Unis, celui-ci en fait partie. Ses paysages sont emblématiques du meilleur de la région des Black Hills.

 

4. Theodore Roosevelt National Park

 

Source Wikipedia

 

Bien qu'il soit excentré dans le Dakota du Nord, ce parc national recèle quelques merveilleux paysages qui méritent quelques jours de visite. 

 

5. Little Bighorn Battlefield National Monument

 

Source Wikipedia

 

Un site mémoriel emblématique de la destruction de la culture des indiens des plaines, une visite à ne manquer sous aucun prétexte.

 

6. Bighorn Canyon National Recreation Area 

 

Source PInterest

Un canyon dont les paysages colorés rappellent le Sud-Ouest.

 

7. Upper Missouri River Breaks National Monument

 

Source Wikipedia

La tranquillité de ce parc se déguste au fil de l'eau dans un canoë ou un kayak.